A propos du bois

 

Le bois parle peu.

Il n’a pas la réplique bien aisé. Serré en bloc sur lui-même, il ne laisse échapper que le simple discours de sa massive présence, le sculpter implique donc quelques risques.

Le bois ne supporte pas d’être attaqué dans sa ‘’chair’’ son corps craque à la moindre blessure.

 

Martial Guillot de Suduiraut approche le bois avec la chaleur qui s’impose.

Il se branche sur la juste course de son sang.

Jamais ne le brusque.

Sous sa main le bois se délie en pente douce.

Il délivre son cœur au plus vif de son être.

Martial Guillot de Suduiraut surprend le bois dans ce qu’il a de plus noble, entre ses mains le bois s’épanche. Le sculpté répond au sculpteur.

Il dénoue ses sculptures dans la masse même des rêves du bois.

 

Didier Arnaudet  1978

A propos de l'Exposition ''Brèches et failles''

En choisissant le marbre comme matériaux de base, Martial Guillot de Suduiraut change radicalement la ligne de tir de son parcours de sculpteur. Il renoue en effet avec la taille de la statuaire traditionnelle qui l’oriente vers les volumes réduits d’un art structuraliste, dépouillé, brut.

Séduit par l’humilité et la grisaille austère du marbre des Pyrénées, il trouve dans la rudesse et la rigueur de la roche, les métaphores de l’introspection.

 

Le sculpteur respecte le matériau : son volume tel que le restitue le carrier, les marques de striures ou les imperfections-hasard de son extraction, c’est la phase primitive qui engendre les formes sans trop les bouleverser et qui établit déjà un rapport avec la nature.

Mais avec la manie d’un voyeur qui colle son œil à la serrure, il fouille la pierre, trouve la faille, creuse le passage et place des miroirs inquisiteurs pour mieux réfléchir ses entrailles intimes.

 

Martial Guillot de Suduiraut semble partager le point de vue rationnel de BAHAUS selon lequel un artiste doit être simultanément technicien, chercheur et inventeur plastique.

Au clivage des roches, le technicien incorpore des structures longilignes, en acier sobre et banalisé, le chercheur emmanche dans la pierre des sortes d’IPN comme une agrafe qui relie les deux métopes d’un temple antique. Il défie les lois de l’équilibre, de la résistance, de la pesanteur et montre que l’art peut dépasser les formules de la science.

 

Avec ce travail, Martial Guillot de Suduiraut évite tout maniérisme stylistique, il semble attiré par les vertiges de la sculpture minimale.

 

Mais, à l’intérieur de la brèche, tout au fond de la faille, bouillonne l’illusionnisme d’un espace littéral qui oscille entre romantisme et symbolisme.

Car, c’est tout l’art de Martial Guillot de Suduiraut que de ne dévoiler qu’un coté des choses et de provoquer la pensée afin que l’esprit fasse le reste.

 

Dominique Dussol.


Galerie Michel Vidal Paris 1985

A propos de l'Exposition ''Bordeaux Porte de l'Afrique''


Installation: mise en volume du poème d'Octavio Paz

 

 

Enfermé entre quatre murs,

(Au nord, le cristal du non savoir,

Paysage à inventer,

Au Sud la mémoire réflexive,

A l’Est le miroir,

A l’Ouest la pierre et le champ du silence)

J’écrivais des messages sans réponse.

 

 

 

Investi dans tous les sens du mot dans sa sculpture, Martial Guillot de Suduiraut se pose et nous pose de silencieuses interrogations, de muettes questions.

Par de tâtonnent ricochets, par une recherche éveillé et inventive sans faiblesse, guidé par une curiosité voyeuse, aidé par le froid répétitif du miroir et le somptueux silence du marbre, nous avançons au prix de quelques suaves efforts, vers un semblant de réponse à une demande difficilement formulable.

Image de réponse que nous renvoie ‘’presque contre » notre gré’’ de mur en miroirs, d’échos en silence, au tréfonds de nos mémoires où, nous savons lui inventer un sens mais qui, en fait, n’est qu’à nouveau question

 

Jacques Labarthe –Pon 1988

 

A propos de ''Kioku Suru Hako''


UNE NEF POINTÉE VERS L’ESPACE

 

Le Japon vu par le regard d’un artiste venu de France, c’est une chimère dressée au-dessus du toit d’un château, c’est le rouge vermillon d’une clôture entourant un temple Shintô ou encore un portique érigé à l’entrée d’un sanctuaire. C’est aussi un granit noir, lisse, luisant, poli (en  Occident curieusement le granit est peu utilisé) et puis, c’est Cipangu, le pays d’or devenu depuis Marco Polo terre de légende, mais en réalité, cela ne pouvait être un pays d’or, seule  l’adoration et le gout des occidentaux pour le métal précieux combiné aux rêves que ces pays d’Orient encore jamais vu, faisait vivre le mythe. Car en effet, ce n’est pas l’or mais l’argent (ou le miroir) qui constitue l’un des trois trésors cachés de la maison Impériale, symbole du Japon. On peut même considérer que ce métal représente l’essence de ce pays.

 

C’est donc ces matériaux et ces couleurs, que Martial Guillot de Suduiraut a retenu pour la création d’une sculpture monumentale destinée à la ville de Fukuoka. « Kioku Suru Hako » (La boite qui se souvient)

 

Dans cette œuvre l’argent des miroirs fait face à l’argent afin de réitérer à l’infini le même reflet, le bronze doré est aussi mobilisé avec la même finalité : évoquer l’immortalité, la matière inaltérable. Voilà donc un hommage impérissable rendu aux pays d’Orient dont on fait l’expérience pour la première fois.

 

Depuis de nombreuses années, les matériaux qu’utilise Martial Guillot de Suduiraut, sont la pierre et le métal, ses œuvres sont le produit de leur combinaison.

Ces matières aux propriétés différentes sont juxtaposées sans que l’équilibre final puisse se rompre.

Les sens ainsi construit tendent à se séparer et, simultanément, à s’unir, l’œuvre recèle une probabilité inattendue.

Tandis que parlent les couleurs vivantes, le métal à la forme et l’éclat purement minimal, donne naissance à un monde original propre à son créateur, par l’effet curieux d’une harmonie et d’un équilibre né de l’union entre des éléments disposés face à face. Quelque soit leur taille, ces élément dessinent à la perfection l’espace de l’artiste, qui s’étend lui,  sans limite.

Martial Guillot de Suduiraut ne vise aucunement à s’opposer à la nature. La tension contenue dans son œuvre génère cependant une énergie qui aspire toujours à s’échapper d’un état préétabli. Le mouvement qui en résulte, pousse l’œuvre à s’écarter des vecteurs voulus par son créateur.

En extension continue, celle-ci tend à rejoindre un territoire qui ignore la pesanteur, ou plutôt qui lui est inaccessible. C’est là que la dynamique de l’œuvre peut-être saisie. Tandis que la force détenu en propre par les matériaux, est érigé en avant, la main du créateur les soumet à un contrôle absolu pour leur insuffler  une volonté propre.


Cet artiste donne vie à la matière inorganique et la rend  autonome.

 

Ayant acquis un droit permanent à Fukuoka, ''Kioku Suru Hako'' va dorénavant, sans discontinuer, briller de tous ces éclats telle un vaisseau qui nous inviterait à rejoindre l’espace

 

Yasushika YAMANE

Conservateur en chef

Musée d’art moderne

Kitakyushu/Préfecture de Fukuoka

A propos de l'Exposition "Sémalhite"

SEMALITHE (1)

 

Par des traits d’acier dessinés dans l’espace

Découvrir ce qui ne devait pas être révélé,

En fait laisser entrevoir de l’objet cerné,

Que ce derrière quoi il se dissimule…

Et si ce derrière quoi était simplement la beauté !?

 



 

Enfant, j’aimais pendant des jours entiers, bondir de pierre en pierre dans le lit des torrents.

Est-ce là que j’appris à écouter la musique silencieuse de la beauté pétrifiée ?

Est-ce cette confrontation avec la force majestueuse des montagnes qui fit que,

d’année en année ma passion pour les pierre devint obsession ?


Toujours est-il que depuis ces temps reculés, mon œil aujourd’hui mieux affuté, traque inlassablement la beauté minérale, comme d’autres infatigables, recherchent la femme fatale !

 

Écrire l’histoire des pierres c’est écrire l’histoire des hommes.


« La pierre est l’oreiller où rêve l’avenir » (2)


Est-il plus fort symbole d’éternité qu’une pierre dans sa simple apparence ?

Horloge géologique, elle défie le temps et ramène nos vies à une poussière de quartz rêvant d’Himalaya !

La pierre est mémoire, depuis la nuit des temps, par sa présence, elle dévoile, elle signale et marque de son empreinte notre espace.

Pierres levées de Carnac, mégalithes de Stonehenge, palais du Machu-Pichu, grande muraille de Chine, énigmatiques pyramides d’Égypte face à la dentelle des cathédrales gothiques, ou encore ode à  l’amour du Taj Mahal ou jardin méditatif du Ryoan-Ji… enfin mille autres édifices qui de par le monde magnifient la pierre et nous racontent par leurs splendeurs ou leur émouvantes simplicités, l’histoire de ceux qui les bâtir.

Mais la pierre c’est aussi mystère, magie, mysticisme, aérolithe cataclysmique, pierre philosophale, Pierre Noire de la Ka’aba, lieu fondateur « Tu es pierre et sur cette pierre » Lingam de Shiva, Bouddha d’ Anadurapura, Moï de l’Ile de Pâques, et tant d’autres Dieux dans leur robe de pierre, qui par les hommes sont toujours adorés !

 

L’histoire du monde est gravée sous l’écorce des pierres,

comme sur galet poli qui roule à l’infini sur les sables du temps.


 

Martial Guillot de Suduiraut.

Dakar Janvier 1999.




(*) Séma :  Le séma  est à la fois un signe concret, visible, apparent, mais aussi

indice qu’il faut déchiffrer parce que il renvoie à autre chose que ce qui est vu.

Lithe, lithique, litho : élément savant du grec, signifiant « pierre ».

In : Le Grand Robert

(*)Cassiano Ricardo. 1895/1974

in:Au Pays des Palmiers, trad, Tavares-Basos.

A propos d'un parcours


La reconnaissance de l’œuvre d'un artiste passe généralement par la cohérence d'une démarche qui se déroule sur plusieurs décennies : le temps d'une vie. L’œuvre de Martial a suivi une autre trajectoire.

 

Elle fut brève : une sorte de parenthèse (1976-1999 ) à l'échelle de l'existence d'un homme. Brève, mais néanmoins foisonnante et exploratoire par les thèmes et les matériaux abordés.

 

Bois, bronze, pierre, fer, marbre, ciment, plastique, Martial a façonné ces éléments, naturels et artificiels en amoureux de la forme sculptée, née de sa capacité et de sa dextérité de faire usage d'un « outil », à la fois universel et propre à chaque homme : la main.

La main, prolongement de sa vision d'un monde de matières et de surfaces, brutes ou polies, courbes ou anguleuses. Son monde. 

 

Foisonnante est son œuvre par les juxtapositions de matériaux et d'assemblages qu'il élabore pour mettre en lévitation des masses de pierre au sein de fines résilles métalliques. Cette pierre extraite de son sud-ouest natal dont il sait détourner la nature première, par des polissages et des patines aux couleurs audacieuses.

 

Foisonnante et exploratoire est aussi son œuvre, par les échelles dont il traite : du petit objet précieux de bronze ou de pierre que l'on aime manipuler et caresser, à ces sculptures monumentales  à regarder au loin.

 

Au delà du défi du changement d'échelle, c'est aussi celui de la confrontation avec une réalisation architecturale que le sculpteur a aussi relevé dans le cadre de commandes publiques : confrontation prémonitoire de l'évolution de son activité depuis les années 2000 vers d'autres champs artistiques.

 

Cette trajectoire de sculpteur, sa cohérence, c'est l'échelle monde qui nous en donne les clefs : cet ambitieux projet d'installations monumentales qu'il réalisa dans les années 1990 sur trois continents. Une façon personnelle de nous dire qu'il était temps pour lui de tourner la page de la sculpture et d'en ouvrir une autre : l'architecture. Et de poursuivre son œuvre sur un autre continent, devenu depuis son lieu d'adoption : l'Afrique.

 

Xavier Guillot.

Architecte

Professeur à l’École Nationale Supérieure d’Architecture

de Saint-Etienne

Août 2014